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IKEBANA ou l'art de l'arrangement floral japonais

 
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Sanjuro
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MessagePosté le: Ven 30 Jan - 12:24 (2015)    Sujet du message: IKEBANA ou l'art de l'arrangement floral japonais Répondre en citant

L' Ikebana  est l'art de l'arrangement floral japonais . Comme beaucoup d'arts dits japonais, il prend sa source en Chine. Comme le Zen est issu du bouddhisme chan. Comme les costumes de l'époque Tang .




C'est un art traditionnel, aussi connu sous le nom de kado , (la voie des fleurs) aussi riche que complexe qui est encore pratiqué de nos jours.









Ikebana et représentation







Au contraire de la forme décorative des arrangements floraux dans les pays occidentaux, l'arrangement floral japonais crée une harmonie de construction linéaire, de rythme et de couleurs. Alors que les occidentaux tentent d'accentuer la quantité et les couleurs des fleurs, portant leur attention essentiellement sur la beauté de la fleur, les Japonais accentuent l'aspect linéaire de l'arrangement. Ils ont développé un art qui valorise aussi bien le vase, les tiges, les feuilles et les branches que la fleur elle-même. La structure complète de l'arrangement floral japonais est axée sur trois points principaux symbolisant le ciel , la terre et l' humanité .


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MessagePosté le: Ven 30 Jan - 12:24 (2015)    Sujet du message: Publicité

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Sanjuro
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MessagePosté le: Ven 30 Jan - 12:24 (2015)    Sujet du message: IKEBANA ou l'art de l'arrangement floral japonais Répondre en citant

Origines





L'ikebana (fleurs vivantes) est un art récent si on le considère uniquement sous cette appellation, car le terme "ikebana" ne date que du XVIe siècle. Toutefois, l'art floral est apparu au Japon bien avant qu'il soit nommé ainsi.
C'est avec le shintoisme et le bouddhisme (qui apparaît au Japon vers le VIe siècle) que l'on voit apparaitre les premières compositions florales. Le Shintô (la voie des Dieux) se fonde sur "le culte de la nature, le respect des ancêtres et un sentiment de communion avec les forces de l'univers et les générations passées" (Edwin O. Reischauer in "Histoire du Japon et des Japonais, des origines à 1945" p.30). Les fleurs représentaient le biais par lequel les dieux et les hommes pouvaient communiquer, les dieux étant (conformémant à cette croyance) "invités" par les fleurs. La fleur est donc considérée comme un objet vivant quasi-divin créant un pont entre le monde mortel et le monde immortel, périssable et éternel. Les offrandes florales bouddhiques (kuge) sont d'origine chinoise, en effet la vie monacale était étroitement associée aux activités artistiques. Il est d'ailleurs intéressant de noter que Bouddha lui-même est assis sur une fleur de lotus (fleur symbole de pureté et de perfection, elle représente le ciel, la création et le temps passé, présent et futur). La secte bouddhique Jodo (Xe - XIIIe siècles), quant à elle, croyait en l'existence d'un paradis rempli de fleurs.
Les arrangements floraux se développent donc dans les temples pour s'introduire peu à peu dans les palais, puis dans les jeux de la noblesse de cour. Le Hana Awase devient un jeu à la mode, il consiste à couper une branche ou une fleur et la présenter en disant un poème. Des concours sont même organisés, notamment pendant le Tanabata Matsuri (la fête des étoiles) qui célèbre les arts et l’agriculture et qui fut organisé à partir de 734.
La noblesse s’attache à cet art et le développe, donnant lieu à des manifestations et des cérémonies qui lui sont consacrées. Les arrangements floraux devenant de plus en plus grands et somptueux, faisant ainsi émerger des styles différents et des doctrines qui ne cesseront de se développer. Sei Shonagon mentionne dans son «livre de l’oreiller» (Makura no soshi) la technique de piquage des fleurs sous le terme de «sasu», terme qui sera d’ailleurs conservé.


Les ères Kamakura (1185-1333) et Muromachi (1333-1573) voient le début de l’implantation de l’art floral dans les demeures seigneuriales. Et l’on voit vers la fin du XIVe siècle, se mettre en place les premières règles de cet art. Beaucoup d’anciens maîtres d’art floral étaient également des maîtres de thé, comme Sen no Rikyu maître de thé du seigneur Hideyoshi (fin du XVIe siècle).
Cet art est transmis de maître à élève et le premier document écrit connu sur ce thème date du milieu du XVe siècle (le Sen Den Sho), un autre document le Senno Kunden est écrit au milieu du XVIe siècle est s’apparente à un manuel d’art floral. En 1551, apparaît alors pour la première fois le terme ikebana et qui détermine «l’arrangement des fleurs selon les saisons».


A partir de l’ère Meiji, on importe de nouvelles fleurs qu’on intègre dans les compositions. L’ikebana se développe dans les classes bourgeoises et commence à faire partie de la culture japonaise de matière générale. Beaucoup d’écoles se créent et les jeunes filles se voient imposer l’apprentissage de l’ikebana de la même manière qu’elles se doivent d’apprendre la danse et la cérémonie du thé.
Au XXe siècle, le système de Iemoto (Maître d’une école, titre transmissible) est introduit dans les écoles d’ikebana en même temps qu’un système d’examen de maîtrise (système Natori). La quantité et la variété de Iemoto existant sont très larges, chaque école d’ikebana, de danse, de kabuki, de peinture… est basée sur le système de Iemoto. Il est caractérisé par : la relation élève/maître (les techniques, transmises oralement, et les styles sont déterminées par le maître et scrupuleusement suivis par l’élève qui lui doit fidélité), la structure hiérarchique (le Iemoto étant en haut de la pyramide, suivent les maîtres du plus ancien au plus jeune, puis les élèves par niveau), l’autorité suprême du Iemoto. L’ikebana choisit donc de se moderniser, d’introduire de nouveaux éléments mais aussi de se déplacer dans de nouveaux lieux suivant le nouveau leitmotiv «Sortez l’ikebana du tokonoma». Ce n’est que dans la période d’après-guerre que l’ikebana est présenté officiellement hors du territoire national.


C’est à partir du XIe siècle que l’ikebana commence à se codifier. Des styles commencent donc à apparaître et à se développer. Notamment le style Sashibana, dont les compositions somptueuses s’adaptent parfaitement au cadre des temples et des palais. L’autre style, qui se développe en parallèle, est beaucoup plus simple et prendra la dénomination de Kuge, il se développera grâce aux moines bouddhistes.
Le style Heika est issu d’influences chinoises et de bouddhisme zen. Les importations successives de culture chinoise et sa maturation progressive au sein de la société japonaise font apparaître le style dit Shoinzukuri.


Au début de l’époque Edo (1603-1868), se développent deux tendances : le Tatebana (qui se trouvera rebaptisé sous le nom de Rikka «fleurs dressées») et le Nageire. Le Tatebana est proche du style Sashibana, il construit des compositions somptueuses dans un environnement qui se veut splendide, il est exposé dans une grande pièce ou un grand tokonoma (niche destinée, à l’origine, à abriter une image bouddhiste, un chandelier, un encensoir et l’arrangement floral - son appellation de départ était «oshiita»). La composition basée sur le style Rikka était à l’origine la représentation symbolique du Mont Meru, centre du monde des bouddhistes japonais. Le style Nageire ou style «libre», littéralement «fleurs jetées dedans», considère sa technique comme plus libre car les fleurs peuvent s’appuyer sur le bord du vase, ce qui n’était pas permis dans le styleRikka. Il se veut non seulement plus libre mais aussi plus simple, plus naturel. La branche doit donner l’impression d’avoir été jetée naturellement dans le vase. C’est un style très populaire au XVIIe siècle, tout comme le Rikka, ils ne touchent cependant pas le même public. Le Nageire est exposé dans des lieux plus modestes, comme le chahitsu (pièce de cérémonie du thé) ou dans un petit tokonoma.
Un style empreint de simplicité va se développer, le Chabana, qui vient s’opposer à ce luxe et cette profusion de fleurs. Il n’est composé que d’une fleur, ou une branche disposée dans un vase et exposé dans la pièce de cérémonie de thé. C’est une composition réalisée exclusivement à cette attention, c’est un style lié à la cérémonie du thé. Le style Chabana ("fleur pour le thé") s’intègre parfaitement dans ce rite basé sur l’humilité et l’égalité entre les hommes, en remettant l’homme à sa place dans la nature. Pour s’intégrer à la cérémonie, les vases eux-même se font discrets. C’est un style issu du Nageire qui s’appelle également le Chaseki no hana et obéit à des règles plus souples.
Le deuxième style issu du Nageire est le Bunjin-Ike ou Bunjin dit tradition des artistes littéraires, il s’imprègne davantage de culture chinoise et se veut plus proche de la nature. C’est un style très en vogue auprès des intellectuels au début du XIXe.


Le mélange du Rikka et du Nageire donne naissance au Seika ou Shoka («fleurs vivantes»). Il se réduit à 3 éléments du Rikka disposés de façon fixe, partant d’un même point de départ central, comme une seule tige. Il introduit des éléments et des symbôles confucéens (les 3 éléments principaux représentant le ciel, la terre et l’homme). C’est au XVIIIe siècle qu’il apparaît, car l'ikebana n’intéresse plus seulement les nobles mais aussi les riches marchands, qui cherchent un moyen de mettre en valeur leurs vases sans avoir toutefois à suivre des règles trop strictes. Le Seika consiste en un triangle asymétrique de trois plantes différentes représentant le ciel, l’homme et la terre. Grâce à sa simplicité, ce style va toucher toutes les couches de la société.


Avec la réouverture du Japon (1854) les arts prennent un nouvel essor et apparaît alors le style Moribana («Fleurs entassées» ou «Buisson de fleurs») créé par Unshin Ohara (fondateur de l’école Ohara). Il se compose dans des coupelles basses. Il va devenir l’un des styles les plus répandus d’ikebana. Il se distingue par « son utilisation des couleurs, sa simplicité d’exécution, [et] sa liberté d’expression » (Diane NORMAN, Michelle CORNELL. "Ikebana, l'art des bouquets japonais" 2002, p.14). C’est à l’arrivée de ce style que les classes d’ikebana commencent à se remplir, le Maître n’a plus un ou deux élèves mais toute une classe. C’est un style qui se développe beaucoup à l’étranger avec le Nageire. Le Moribana est à l’origine du style Jiyuka ou Jiyubana (style libre) qui apparaît après-guerre et du style Zeneika (style abstrait d’avant garde) structures métal, plastique, bois d’épave…


Lorsque l’ikebana «sort du tokonoma» c’est pour devenir beaucoup plus imposant en terme d’espace. Il utilise également des matériaux nouveaux comme le bois d’épave, le plastique, le métal... En s’évadant de son lieu d’origine, il s’impose au public en toutes occasions dans les halls d’hôtel, les places publiques, les bâtiments officiels et même les entreprises. Les compositions sont souvent monumentales et ne comportent donc plus de vase ou de coupelle comme dans les styles classiques. Il peut conserver un style très naturaliste et donc très proche de ce que l’on connaît de l’ikebana (Fig. A) avec des matériaux naturels ou non. Il peut également prendre une forme très abstraite (Fig. B) et rappeler les «Mobiles» d’Alexandre Calder (artiste américain, 1898-1976 - VOIR ANNEXES), mais aussi très figurative (Fig. C) et ainsi évoquer l’art du Bun-Kei mais dans d’autres dimensions. Le Bun-Kei est un art de paysage miniature, proche de l’art du bonsai mais aussi de l’ikebana dans son optique. Il reproduisait les paysages dans le but premier d’en admirer la beauté mais aussi de représenter symboliquement l’univers.


Symbolique





L’art floral japonais est plus qu’un art, c’est l’expression de la philosophie de la nature, un exercice de méditation pour comprendre et atteindre l’essence même du monde. Savoir retenir l’essentiel pour obtenir une véritable entéléchie. Il ne veut pas être une imitation de la nature en jetant simplement des fleurs dans un vase. Pour cela il faut respecter le mode de croissance des végétaux et le rythme des saisons. Un arrangement floral représente alors le caractère éphémère de toute chose, de la plante, de la saison, de la vie.
L’ikebana est une expression de l’esthétique zen dans son dépouillement, sa sobriété, sa pureté. Dans la philosophie zen, l’art n’est pas étudié par passion mais parce qu’il dispense une forme de spiritualité. En effet, la vie et l’art, la nature et l’esprit forment un tout presque indivisible ; vivre l’esprit de l’art permet de se développer progressivement sur le plan spirituel. En ce sens, lors de l’apprentissage, la compréhension silencieuse et la transmission directe du savoir priment sur l’habileté ou le bon goût.
Faire de l’ikebana est une activité triple : dans un premier temps d’observation de la nature, puis de cueillette et finalement de méditation dans la phase de création et d’achèvement. Pratiquer l’ikebana c’est entrer dans le Kado, la voie des fleurs.
Suivre la voie des fleurs c’est entrer en méditation suivant des principes de la philosophie zen : le Wabi et le Sabi. Le Wabi exprime la simplicité et le Sabi la méditation paisible et la sérénité. Trier les fleurs pour exprimer l’essence même de la nature en recherchant le dépouillement et le calme intérieur, le renoncement de soi.
L’art de l’ikebana prend en compte également le message de la fleur, de la couleur mais aussi la saison et l’environnement futur du bouquet.
A ces principes de méditation s’ajoute la perception esthétique des japonais : l’équilibre et l’harmonie sont mesurés à l’échelle du corps humain (tel le nombre d’or [le nombre d’or est la base de l’harmonie dans l’art occidental, il est basé sur l’observation de la nature (notamment le corps humain) et a été étudié dès l’antiquité grecque, il est connu du grand public avec «L’homme de Vitruve» de Léonard de Vinci (voir annexes)] dans l’art occidental), la vérité et la beauté sont dans l’asymétrie. Les bouquets sont structurés sur la base d’un triangle irrégulier qui exprime la tension, la limite entre stabilité et instabilité. La sensibilité japonaise s’extasie devant les imperfections de la nature, les imperfections deviennent alors la perfection même, la beauté incarnée. Cependant, l’harmonie exprimée par l’art floral est la manifestation de la nature, non son idéalisation.
La beauté de l’art de l’ikebana est également dans l’ombre, l’ombre portée des fleurs sur elles-mêmes, le sol, le vase...
La notion de vide est prépondérante dans l’art floral. C’est le Yohaku ou «endroit blanc», il est créé par la présence d’éléments et l’absence d’élément, il doit être animé, structuré. Remplir le vase c’est mettre en évidence le Yohaku et la nature même de la vie. Il se crée là où l’inutile a été enlevé, c’est pourquoi les fleurs et les branches sont coupées avec soin, car chaque élément vivant exprime la nature et comme l’exprime le Maître de l’école Kaden : «Ne mésestime jamais une feuille seule. Elle possède de la force vitale et expressive».
La couleur a également sa place dans la symbolique, chaque couleur est porteuse de message et de l’assemblage des couleurs c’est la fusion des messages.


Couleur Symbolique





Rouge Passion, vitalité, danger
Orange Chaleur, doute, aversion
Jaune Gaieté, espoir, sérénité
Vert Sûreté, fraîcheur, paix, croissance
Bleu Fraîcheur, raison, froideur, secret
Violet Noblesse, autorité, précarité
Blanc Pureté, sanctuaire
Noir Dignité, peur, haine, mauvaise augure


La couleur n’est pas la seule symbolique portée par la fleur, les différentes espèces de fleurs sont également porteuses de sens. L’attention doit être portée sur l’association des symboles et l’expression qu’elle va produire dans l’ensemble final. Le Chrysanthème est l’emblème de la Maison Impériale Japonaise et la fleur nationale. Il est le symbole de la pureté, du bonheur, de la vie et de la force, mais aussi dans certaines circonstances du malheur. Il a sa fête, la fête des chrysanthèmes : le Kiku Matsuri. Le lotus, quant à lui, est la fleur du culte religieux, il symbolise la pureté et l’immortalité.


On fait des arrangements de fleurs à plusieurs époques de l’année, l’ikebana s’attache à rendre hommage aux saisons, aux cycles de la nature, à la nature elle-même. Chaque arrangement porte en lui tous ces symboles. Celui qui pratique l’ikebana le fait dans le plus grand respect et la plus grande concentration. L’étape de création d’ikebana est très similaire à l’étape de création de la calligraphie, elle réclame une attitude droite et calme, un corps posé dans un environnement clair, un état d’âme détaché et conscient, la maîtrise de sa respiration et des gestes lents. L’artiste se prépare à la création par la concentration et le recueillement ; il donne ainsi à toutes ses actions l’expression de l’équilibre et de l’harmonie intérieure. Le silence, la propreté, l’ordre, découlent également de la fonction de cérémonie religieuse qu’avait l’ikebana.
Cet état de silence absolu et d’oubli de soi n’est pas synonyme de passivité de l’artiste mais elle est la source de sa force spirituelle. L’individualité peut s’exprimer sans toutefois s’imposer à l’esprit de l’arrangement, mais plutôt en étant absorbée en lui, car la vision intérieure de l’artiste et son sentiment de l’univers doivent transparaître dans la composition.
Rechercher l’essence de la nature c’est également rechercher Dieu, rechercher Dieu c’est aussi se chercher soi-même, c’est une quête philosophique et religieuse que représente la pratique de cet art. La discipline intérieure, le repos absolu, la docilité et la capacité à faire abnégation de soi permettent d’épurer le caractère propre de l’artiste pour qu’il se confonde avec la vérité pure. Cette attitude spirituelle de concentration et de détachement est essentielle pour accéder à l’absolu et à l’esprit même. L’ikebana constitue alors une authentique expérience de l’être dans une tentative de découvrir le mystère de l’existence et de comprendre la signification de la vie. La composition florale révèle une forme visible de la vérité, derrière laquelle se tient l’intangible.


Tous les éléments de la composition sont chargés de sens : les fleurs et les branches bien sûr, mais aussi le cercle dans lequel sont piquées les branches (qui représente le tronc de l’arbre), l’eau dans le vase (l’eau des rivières se répandant dans l’océan)... Tous ces éléments rassemblés pour former une représentation miniature du cosmos dans lequel les plantes reproduisent le Ciel (ten), l’Humanité (jin) et la Terre (chi) en harmonie et dans le style Moribana, un symbole d’ouverture au monde et de paix . Dans ce principe de la triade, d’origine bouddhique, l’homme occupe le milieu entre le Ciel et la Terre, il est le médiateur entre le plan spirituel et le plan terrestre ; c’est l’indivisible trinité dans l’unité du tout, dans la totalité universelle. La technique n’est que le support extérieur ; l’assimilation des règles permet de se détacher de l’aspect matériel de l’arrangement floral pour laisser s’exprimer la créativité.




L’école Ikenobo





L’histoire de l’école Ikenobo se confond avec les origines de l’ikebana. Au VIe siècle, le prêtre Ono No Imoko approfondit son étude de la voie des fleurs en tant qu’offrande religieuse. Il est le gardien du temple bouddhiste Rokkaku Do, ou Shiunzan Chohoji, à Kyôto. A côté de ce temple, la cabane des prêtres (bo), près d’un étang (ike), a donné son nom aux futures générations de prêtres gardiens, Ike no bo.
Les prêtres Ikenobo perpétuent la tradition d’arrangement floral et vont être à l’origine des nouveaux styles pendant plusieurs siècles. Néanmoins, l’école Ikenobo ne devient officielle qu’au XVe siècle, lorsque le moine Daikyoku décrit dans son manuscrit les arrangements d’Ikenobo Senkei, un des premiers maîtres du style rikka pendant l’ère Muromachi. A la fin de cette ère, en 1542, le Maître Ikenobo Senno exprime l’essence de l’ikebana dans un manuscrit d’enseignement, le "Senno Kuden". Les deux maîtres Ikenobo Senko (I et II) ont beaucoup d’influence avec leur style rikka parachevé, qui s’étend à la classe des samurai et à l’aristocratie. Au début du XIXe siècle le Maître Ikenobo Senjo perfectionne le style shôka. Actuellement, le Maître Ikenobo Sen’ei est le 45ème directeur de l’école Ikenobo.
L’école Ikenobo est encore aujourd’hui basée à Kyotô, à côté du temple Rokkaku Do, considéré comme le berceau de l’ikebana. Elle constitue la plus ancienne école d’art floral au Japon.


La longue histoire de l’école Ikenobo a vu la naissance de nombreux styles d'ikebana, tels que le rikka, le shôka et le style libre. L’enseignement se compose à la fois d’un apprentissage classique et d’une incitation à explorer l'application de l’ikebana moderne dans la vie contemporaine.
Le style rikka – rikka traditionnel et rikka moderne – suit des règles très strictes et n’est que rarement enseigné dans les autres écoles.
Le style shôka traditionnel est issu de l'ikebana plus simple du XVIIIe siècle. Les caractères essentiels de la plante sont représentés avec simplicité et beauté, dans un ensemble exprimant le renouvellement continuel de la vie. Un nouveau style vivant et moderne, le shôka shimputai, a été conçu par le directeur actuel d'Ikenobo, Sen’ei Ikenobo. Composé de deux éléments, il englobe à la fois le contraste et l’harmonie.
Le style libre respecte les principes de base de respect de la nature mais permet une approche plus libre qui repose sur l’intuition, la sensibilité et l’appréciation personnelle


L’école Ohara





Unshin Ohara, un sculpteur, fonde en 1895 l’école Ohara en intégrant les nouvelles influences occidentales : introduction des tables et des chaises – les arrangements ne sont plus forcément regardés de face –, teintes et formes des fleurs importées. Il crée un style à part entière, le Moribana ("fleurs amoncelées"), et invente des vases plats et peu profonds ("suiban") pour mettre naturellement en valeur ses arrangements. D’abord réticentes, les principales écoles vont bientôt adopter ce style, facilement réalisable et qui s’adapte bien aux différentes pièces d’habitation. Plus tard, le Moribana va évoluer en un style "arrangement paysage".
L’école ne devient officielle qu’en 1912. Le deuxième Grand Maître Koun Ohara travaille à la popularisation de l’ikebana Ohara, tandis que le troisième Grand Maître Houn Ohara s’efforce d’étendre l’influence de l’ikebana à travers le monde. Il crée les styles rimpa et bunjin, en imprégnant ses arrangements paysages de fortes connotations littéraires et graphiques. Natsuki Ohara, quatrième Grand Maître à titre posthume, crée les styles hana isho et hanamai. Depuis 1995, l’école est dirigée par le cinquième Grand Maître Hiroki Ohara.


L’école Ohara enseigne plusieurs formes d’ikebana : le style hana simple, le style nageire ou heika, le style moribana et le style hanamai.
Le style hana simple (arrangement de style fondamental vertical ou incliné) peut s’harmoniser avec les espaces contemporains et laisse une grande liberté à l’individualité propre de l’artiste. Les bases de son apprentissage permettent d’appréhender les principes fondamentaux de l’école.
Les compositions du nageire ou heika (arrangement de style vertical, incliné ou en cascade) se réalisent dans des vases en hauteur.
Avec le moribana (arrangement de style droit, incliné ou se reflétant dans l’eau), les fleurs sont empilées dans des récipients plats.
Le style hanamai est plus libre, il n’y a pas de règles concernant la taille, l’angle ou la direction des plantes. Cet ikebana permet d’exprimer la beauté tridimensionnelle des plantes.


L’école Sogetsu





Sofu Teshigahara, fils d’un artiste d’ikebana, se détache de l’enseignement de son père et des règles strictes de l’ikebana traditionnel et fonde l’école Sogetsu en 1927. Il désire faire de l’ikebana un art créatif dans lequel les artistes pourront exprimer leur originalité et leur imagination. Influencé par l’Art Moderne occidental, il est à la tête du mouvement d’avant-garde de l’ikebana (zen eibana) qui rompt avec l’ikebana classique et introduit toutes sortes de nouveaux matériaux, tels que le plastique, le plâtre et l’acier. L’école Sogetsu devient connue quand Sofu se met à donner des leçons d’ikebana à la radio. A sa mort en 1979, sa fille Kasumi devient le deuxième Iemoto mais elle décède en 1980. Elle avait créé son propre style d’ikebana, avec des créations miniatures et des matériaux séchés et teintés. Le troisième Iemoto est le fils de Sofu, Hiroshi Teshigahara, également connu en tant que réalisateur. Il conçoit des arrangements à grande échelle composés de bambous, avec lesquels il pénètre dans un domaine inexploré au-delà des limites de l’ikebana. Akane Teshigahara, la fille de Hiroshi prend la direction de l’école après sa mort en 2001. Elle privilégie la création personnelle libre et se veut réceptive aux changements de l’environnement, avec une oeuvre différente pour un moment et un endroit particuliers.
Depuis la fondation de l’école Sogetsu, ses Iemoto ont répandu leur art avec des expositions dans le monde entier et des filiales d’enseignement dans plusieurs dizaines de pays, faisant montre de leur désir de ne pas considérer l’ikebana comme un aspect exclusif de la culture japonaise. L’école Sogetsu voulait rétablir et mondialiser l’intérêt pour l’ikebana afin de maintenir cet héritage artistique sur le long terme.


L’école Sogetsu était à l’origine une école de Nageire et de Moribana, mais elle ne veut pas s’encombrer de règles pré-établies. Un style plus libre s’est développé en accord avec la philosophie du fondateur qui veut que l’ikebana puisse être composé n’importe quand, n’importe où, par n’importe qui, avec n’importe quel type de matériau. Les principes de base ne changent pas, seule la forme est toujours en transformation. L’ikebana Sogetsu est conçu pour convenir à toutes les sortes d’endroits et enrichir leur atmosphère.




Dans la société japonaise contemporaine, l’ikebana fait partie de l’enseignement donné aux jeunes enfants à l’école. Sans doute pour conserver cet art dans la culture japonaise. Mais il est difficile d’imaginer que de jeunes enfants même japonais puisse s’imprégner en si peu de temps de tous les concepts philosophiques qu’une vie ne suffit pas à maîtriser. Même en considérant que ces enfants sont empreints de toute la culture shintoïste.
L’ikebana représente actuellement un atout de plus pour chaque jeune fille désirant se marier. Pratiquer l’ikebana c’est augmenter ses chances de trouver un mari. Comme le fait d’être une parfaite cuisinière. C’est également un moyen pour ces jeunes filles de montrer qu’elles ne renient pas les traditions de leur pays malgré leur toute nouvellement acquise modernité.
C’est un art ancestral qui a su évoluer et s’adapter au monde moderne, avec des styles plus libres et un choix de matériaux plus libre également.
A l’heure actuelle, l’école Ohara (une des trois plus grandes écoles d’ikebana du Japon) compte 160 écoles au Japon, 57 écoles dans le monde, représentant au total 130 000 enseignants et plus d’un million d’élèves.


L’ikebana est un art très répandu au Japon mais aussi sur tous les continents. Les trois principales écoles ont donc de nombreuses ramifications à l’étranger, et de nouvelles écoles se créent régulièrement (au Japon comme ailleurs). Les maîtres japonais qui fondent ces écoles, participent à «implanter» la culture japonaise à l’étranger et à développer les styles et les matériaux de l’art floral, notamment au Québec et en Allemagne où l’on commence à organiser certains festivals traditionnels japonais.
Mais cet art ne semble pas s’être développé autant qu’il l’aurait pu, il reste encore obscur aux yeux des occidentaux, il n’a pas connu le succès des estampes qui créèrent un véritable engouement en Europe au XIXe siècle. Les artistes et les intellectuels de cette époque, ont été si marqués par la découverte des arts d’Asie et du Japon particulièrement, que leurs créations en ont été extrêmement influencées. Tant influencées que cela a donné naissance au mouvement dit «orientaliste» ou «japonisme» dont Delacroix fut le chef de file.


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Sanjuro
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MessagePosté le: Ven 30 Jan - 12:25 (2015)    Sujet du message: IKEBANA ou l'art de l'arrangement floral japonais Répondre en citant

Style d'ikebana :


# Styles traditionnels
* rikka
* seika
* nageire ou cha-bana



      
# Styles « récents »
* moribana
o chizenka
o djyuka
* shinseika


                



# Planches pour la réalisation







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MessagePosté le: Aujourd’hui à 04:17 (2018)    Sujet du message: IKEBANA ou l'art de l'arrangement floral japonais

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